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Ce marxiste contemporain de Satyajit Ray a dénoncé dans ses films le sort inique réservé aux déshérités de la société indienne avant et après la colonisation.

Le cinéaste bengali Mrinal Sen est mort d’une crise cardiaque à Calcutta. Il avait 95 ans. Issu de la moyenne bourgeoisie politisée, baignant dès l’enfance dans l’intense ébullition des luttes anticoloniales et de la critique du système des castes, il rejoint en 1943 l’Indian Peoples Theatre Association, un cercle de théâtre d’avant-garde d’obédience marxiste où l’on trouve notamment le musicien Ravi Shankar et le cinéaste Ritwik Ghatak.

Virulent dans ses prises de paroles publiques, son cinéma est lui aussi traversé par une constante révolte sociale sur le sort des déshérités qu’il entend approcher avec un regard âpre et sans fioriture, loin de toute poésie des guenilles. En 1969, son style s’affirme dans Monsieur Shomeoù le réalisme descriptif (la rencontre dans l’Inde rurale entre un employé de bureau et la femme d’un contrôleur des transports accusé de corruption) se mêle à un humour féroce. Au début des années 70, contemporain de l’œuvre de Satyajit Ray dont il ne pourra jamais égaler à l’identique le prestige international, Sen signe lui aussi une trilogie sur Calcutta – Interview en 1971, Calcutta 71 en 1972 et le Fantassin en 1973 (Padatik) – où il est à nouveau questions des difficultés, cette fois en milieu urbain, des classes opprimées. Chaque récit, qui emprunte au style fragmenté sous forte influence godardienne, entend éclairer le public sur les mécanismes de domination de classe.

Dans son autobiographie tardive, Mrinal Sen reconnaîtra que la vision du monde de ses films, au nom de principes révolutionnaires de gauche, manquait parfois de nuances. Satire de la petite bourgeoisie (Un jour comme un autre, en 1979) ou peinture du sort d’infamie réservé aux paysans du pays (les Marginaux), Sen est le plus turbulent et direct des cinéastes de la nouvelle vague indienne. Il a été sélectionné plusieurs fois en compétition au Festival de Cannes, notamment en 1980 (justement pour Un jour comme un autre) et en 1986 avec Genesis. En 1983, il y remporte le prix du jury pour Affaire classée.

Par Didier Péron

Source : next.liberation.fr

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