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Les junglers formaient un groupe d’une quinzaine de militaires, détachés de la présidence. Il y avait un groupe à Banjul et un autre à Kanilaï, le village natal de l’ancien président Yahya Jammeh.Gambie: les révélations des junglers sur leur organisation et fonctionnement, écoutez le résumlé des audiences de notre correspondant10-08-2019 – Par Romain Chanson

A l’origine des Junglers, un Italien au passé trouble, Francisco Casio, un mafieux selon ses dires, un imposteur selon certains témoins. Quoiqu’il en soit un homme assez malin pour avoir la confiance de Yahya Jammeh et devenir le formateur de sa garde rapprochée.

En 2004, il entraîne une trentaine de soldats dont faisait partie Omar Jallow. « La patrouille est tombée sur un motard qui venait de Brufut et qui était censé transporter du cannabis. La patrouille lui a demandé de s’arrêter mais il a refusé de poser pied à terre. Ils lui ont tiré dessus », raconte ce dernier.  

Surnommés les Black Black en référence à leur uniforme noir, Black Scorpions ou Patrol team, les Junglers pouvaient assurer la garde rapprochée du président, et patrouiller à la frontière avec la Casamance au Sénégal. Mais aussi et surtout commettre des assassinats sur ordre du président comme l’a confirmé le jungler Amadou Badjie, interrogé par l’avocat général.

L’avocat général : « Dans le fond, les Junglers et la Patrol Team formaient un escadron de la mort au service de Yahya Jammeh ? »

Les Junglers se sentaient tout puissants et étaient même craints des forces de police. L’impunité dont ils jouissaient est toujours d’actualité puisqu’aucun des Junglers n’a été condamné.

Les junglers étaient organisés par « générations », les plus âgés étant aux commandes des plus jeunes.

A l’issue de ces audiences devant la Commission Vérité, Réconciliation et Réparation, on en sait davantage sur la chaîne de commandement, que ce soit sur le massacre d’une quarantaine de migrants ouest-africains, ou sur l’assassinat du journaliste Deyda Hydara en décembre 2004. Les junglers expliquent que les ordres venaient du président Yahya Jammeh. Ces ordres étaient donnés à l’oral aux chefs de chaque unité de junglers, qui eux-mêmes les répercutaient au reste de leur groupe. 

Dans certains cas, les junglers recevaient de l’argent en récompense après avoir commis des crimes.

Mais la loi du silence était de mise: les junglers expliquent qu’à aucun moment, ils n’osaient poser trop de questions sur les «missions» qui leur étaient assignées. « Moins tu en sais, mieux c’est », se défend Aliu Jeng, un des junglers qui a témoigné ces jours derniers. 

Toute la difficulté des enquêteurs repose donc sur le fait qu’il y a très peu de traces écrites de toutes les violations des droits de l’Homme.

Les victimes étaient choisies de manière aléatoire : cela pouvait être de simples citoyens, mais aussi des cadres de l’administration ou des militaires. Un élément déclencheur revient souvent : le soupçon de voir une personne ou un groupe vouloir commettre un coup d’Etat pour renverser Yahya Jammeh.Madi Jobarteh: malgré leurs limites, les témoignages des junglers devant la Commission Vérité-Réconciliation-Réparation ont de la valeur pour les enquêtes à venir10-08-2019 – Par Bineta Diagne

Ce qui frappe, c’est la violence des crimes commis: plusieurs junglers racontent avoir égorgé, brûlé ou découpé en morceaux leurs victimes avant de les enterrer dans des fosses communes.

Source: Rfi

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