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On nous a dit que si ça explose, ce serait pire que le Joola*» Mare Lô, le directeur de la protection civile avait sorti le gros lièvre : une menace d’explosion d’un collecteur âgé et vétuste de 70 ans risque d’emporter 51 familles dans les quartiers Bopp, Hlm 5 et 6, Ouagou Niayes, Hann etc (Dakar).  300 000 personnes seraient exposées à l’hydrogène sulfuré (H2s), un gaz mortel au bout d’une minute d’inhalation. Depuis les populations sont partagées entre crainte, surprise, mais surtout peur. IGFM propose ce reportage réalisé en 2011 et qui est d’une brûlante actualité après l’affaissement d’une partie du collecteur.

C’est un trou, un petit trou d’égout qui ouvre une gueule de bête, féroce, nauséeuse qui ne fait pas 1 mètre de diamètre. Il constitue la terreur de la famille Ndiaye installée aux Hlm 5 depuis dix ans. Au beau milieu de la maison à deux mètres du salon et à un mètre de la cuisine, le trou d’égout (regard) est au repos. Le calme avant la tempête de déjection qu’il jette dans la maison sans prévenir quand ça lui chante et quand la pluie s’en mêle. Sur la porte qui mène dans le salon des Ndiaye, la dalle de la porte d’entrée a été relevée, idem pour la cuisine. Mais difficile de lutter contre le flot d’eaux usées qui jaillit du trou d’égout et son lot de désagréments qu’il cause aux habitants de la maison.

Victor, la trentaine dreadlocks au vent, grand gabarit, teint noir s’avance dans le salon pour porter la parole de la famille. «Nous sommes confrontés aux problèmes des eaux usées, pratiquement toutes les semaines.Notre maison est remplie d’eaux noirâtres et sales. Dès fois ça déborde jusque dans le salon, les couloirs, la cuisine et ça nous empeste la vie», explique-t-il, habillé d’un jean bleu et d’une chemise bleu blanc.

Dans cette demeure modeste 2438 des Hlm 5, les couleurs claires de la maison des Ndiaye sont défraîchies, les carreaux ont perdu leurs éclats et une légère couche noirâtre a abîmé l’endroit. Ici, les Ndiaye ne dorment jamais les poings fermés et quand ils se réveillent, ils croisent les doigts pour que le trou d’égout ne verse pas ses «saletés» dans le salon. «Difficile d’affronter les eaux usées, on ne sait jamais quand elles peuvent se déverser. En plus, l’odeur nauséabonde qui se dégage du trou rend la vie impossible. Franchement, c’est irrespirable et c’est dangereux pour la santé des enfants qui sont souvent maladifs. Depuis des années nous vivons ces choses-là. Souvent nous sommes obligés de fermer les portes et les fenêtres ce qui fait que nous n’avons pas d’aération», regrette Victor.

L’homme semble désabusé, désarmé par ce «vain» combat contre les eaux usées. «Si on savait que la maison était assise sur le canal, jamais on n’allait habiter ici», avoue-t-il.

Aux Hlm 5, la plupart des maisons qui jouxtent la route qui mène vers le marché sont assises sur le collecteur du canal des eaux usées. Un collecteur qui a aujourd’hui 70 ans et qui menace d’exploser à tout moment en dégageant de l’hydrogène sulfuré (H2s), un gaz mortel au bout d’une minute d’inhalation. Aujourd’hui, les autorités ont fini de dresser une liste de maisons menacées d’éboulement à tout moment, parce que construites sur le collecteur du canal des eaux usées. «300 000 habitants sont menacés et 51 maisons et édifices des Hlm 5 et 6, Ouagou Niayes, Bopp, Hann Fann sont menacées», souffle Mare Lô le directeur de la protection civile.

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