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Le club anglais, accusé d’avoir enfreint les règles du fair-play financier, a annoncé qu’il allait faire appel devant le Tribunal arbitral du sport.

Le club anglais de Manchester City a été exclu des coupes d’Europe pour les deux prochaines saisons pour « de sérieuses violations du fair-play financier », ce mécanisme régulateur qui vise à empêcher les clubs du Vieux Continent de dépenser plus qu’ils ne gagnent, sous peine de sanctions, a annoncé, vendredi 14 février, l’Union des associations européennes de football (UEFA).

Le club, actuellement deuxième de la Premier League et qualifié pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions, a également été condamné à une amende de 30 millions d’euros. La direction de Manchester City a immédiatement annoncé qu’elle allait faire appel devant le Tribunal arbitral du sport (TAS).

Propriété du cheikh émirati Mansour Bin Zayed Al-Nahyan, Manchester City est sanctionné pour avoir évalué « à l’excès ses revenus de sponsoring dans ses comptes » sur la période 2012-2016.

L’UEFA avait ouvert une enquête début 2019 après que les pratiques financières du club anglais, ainsi que celles du Paris-Saint-Germain (PSG), avaient été montrées du doigt par les « Football Leaks ».

Stratégies de contournement

A l’automne 2018, une enquête du consortium European Investigative Collaborations (ECI), dont fait partie Mediapart en France, avait révélé comment les Citizensavaient mis en place des pratiques de contournement du fair-play financier, entré en vigueur à partir de 2013.

Une première stratégie avait consisté à gonfler artificiellement les montants des partenariats du club, l’argent ne provenant par ailleurs pas de ces apparents partenaires mais de la fortune personnelle du propriétaire.

City avait ainsi touché près de 2,7 milliards d’euros de son propriétaire — un membre de la famille régnante d’Abou Dhabi (depuis 2008) — grâce à des contrats de sponsoring surévalués.

La deuxième stratégie, révélée par Der Spiegel, a consisté en une externalisation de certaines dépenses, confiées à des sociétés parallèles financées par Mansour en personne.

Mediapart a décrit le fonctionnement de l’une de celles-ci, nommée Fordham. « Fordham permet à City d’externaliser le coût des droits à l’image – ce qu’il paie à ses joueurs pour utiliser leur image dans des publicités ou du marketing. Fordham se charge de rémunérer les joueurs, et City engrange les revenus des pubs, soit presque 30 millions d’euros par an, sans rien dépenser. »

Une amende en 2014, négociée à la baisse

Pour avoir ainsi enfreint les règles du fair-play financier, Manchester City s’était déjà vu infliger une amende en 2014 par l’UEFA. L’épisode avait toutefois donné lieu à un petit « arrangement entre amis », révélé par les « Football Leaks ».

L’instance européenne du football voulait initialement infliger une amende de 60 millions d’euros, somme qu’avait refusé de payer le président des Citizens, Khaldoon Al Moubarak. Le secrétaire général de l’UEFA de l’époque, Gianni Infantino, aujourd’hui président de la FIFA, avait alors court-circuité la chambre d’instruction de l’Instance de contrôle financier des clubs (ICFC), l’organe d’enquête indépendant de l’UEFA.

Traitant directement avec les dirigeants des Citizens, M. Infantino avait accepté de ramener l’amende de 60 à 20 millions d’euros. Tout en précisant : « les 40 millions restants ne seront dus que si le club ne revient pas à l’équilibre financier à l’avenir. » Manchester City s’était aussi vu imposer une limitation de ses dépenses de recrutement.

Modèle ébranlé

Si la sanction de deux ans d’exclusion des compétitions européennes devait être confirmée en appel par le TAS, elle risquerait d’ébranler le modèle de Manchester City.

Le club est certes l’un des plus riches : il se classe deuxième, derrière le PSG, dans le rapport « Soccerex », qui établit chaque année le classement des cent clubs les plus puissants financièrement sur la base notamment du potentiel financier des joueurs et des actifs et passifs des clubs.

Mais la Ligue des champions constitue un rendez-vous important pour ses propriétaires, soucieux d’augmenter leurs revenus grâce à une victoire dans cette compétition. Or, le club échoue depuis 2016 à atteindre les demi-finales. Une exclusion pour deux ans pourrait aussi conduire au départ de bon nombre des stars de l’équipe.

Source: Le Monde


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