Culture – Francofolies 2018: la clé des chants

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Le festival de La Rochelle a vécu un passage de témoin entre les glorieux aînés et la nouvelle génération.

La 34e édition des Francofolies de La Rochelle a débuté le 11 juillet sous le soleil et s’est refermée le 15 juillet sous les étoiles, celles décrochées par l’Equipe de France de football. Pendant cinq jours, les Francos ont été le formidable terrain de jeux d’autres bleus, les petits nouveaux de la pop (plus de la moitié des artistes se produisaient à La Rochelle pour la première fois). Des jeunes têtes qui étirent, déforment, agrandissent les habits de la chanson française, n’hésitent pas à emprunter les fripes de leurs glorieux aînés et à les accorder avec une paire de sneakers hip hop ou à les saupoudrer des paillettes de la variété. Cette année les 150 000 festivaliers ont succombé au punch d’Eddy de Pretto, à l’élégance de Clara Luciani, au trouble d’Adam Naas, au bon esprit de Big Flo & Oli, à la douceur tropicale de Voyou, à l’agilité d’Aloïse Sauvage, à la folie de Catastrophe… La France a du talent, et pas seulement sur les pelouses de Russie.

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Les Francos ne se contentent pas d’humer l’air du temps. Avec son Chantier, atelier de perfectionnement à destination des voix émergentes, elle met son nez dans la production actuelle, prépare aujourd’hui les champions de demain. Cette édition restera donc marquée par le sentiment d’un passage de témoin. Sur les grandes tours, à l’entrée du port, les portraits de Jacques Higelin et de Maurane, et à tous les coins de rue, les plaques portant les noms de Serge Gainsbourg, France Gall ou Johnny Hallyday, sont les marques d’amour pour un patrimoine que les Francos ne souhaitent pas renier (La fête à Véronique Sanson encore cette année), mais qui doit faire de la place à l’avenir.

Autre signe fort. Le rap ne se contente plus d’avoir son rond de table (en 1998 étaient déjà présent à La Rochelle IAM, Fonky Family, Lunatic, Ideal J), il préside désormais le banquet, attirant un public jeune et festif. Les vétérans NTM et MC Solaar ont encore de beaux restes. Mais derrière eux, les Roméo Elvis, Orelsan, Big Flo & Oli poussent fort.

Les Francos sont bien un festival à part. Comme le rappelle son patron, Gérard Pont, « c’est le seul événement en France où on peut écouter Gilles Servat et Orelsan ». Il aurait pu aussi citer d’autres extrêmes: Aldebert et Shaka Ponk, Damso et Nicolas Peyrac. L’enjeu pour La Rochelle est d’être cette terre de contrastes audacieux sans basculer dans une programmation politiquement correcte où toutes les nuances de la francophonie sont bien rangées. Didier Deschamps a maintenu le bon équilibre avec ses joueurs, aux Francos de trouver, elles aussi, la clé des chants.

Souvenirs des Francos 2018:

La plus entourée : Véronique Sanson. La patronne de la chanson a réuni autour d’elle sur la grande scène toute sa famille : celle de la musique (Tryo, Jeanne Cherhal, Vianney, Alain Souchon…) mais aussi son fils, Christopher Stills, et son ex-mari Stephen Stills, pour livrer un aperçu de son album de duos attendu à la rentrée (Duos volatils) et rejouer un standard du guitariste de Buffalo Springfield (For what it’s worth) qui n’a rien perdu de sa dextérité. Au musicien américain, le public a surtout salué la présence près du piano d’un supporter de l’Equipe de France de football en transit entre une demi-finale à Saint-Pétersbourg et une finale Moscou, un certain « Patriiiick » Bruel, venu interpréter Visiteur et Voyageur. On aurait préféré voir plus longtemps ensemble les Sanson-Stills, un événement rare. La preuve en tout cas que toutes les fêtes de famille ne ressemblent pas au calvaire raconté avec acidité par le rappeur Orelsan, à l’affiche des Francos le 14 juillet.

Véronique Sanson

Véronique Sanson

(Loll Willems)

Les plus enflammés : NTM. Pyromane chevronné, Joeystarr allume la mèche en trois mots : « On est en finale ». Plus de 10 000 personnes reprennent de volée le slogan. La soirée de jeudi est lancée. Le message s’adresse aussi aux deux grognards du rap français. Près de trente ans après ses débuts, le Suprême tandem est en finale à La Rochelle face à la jeune garde du hip hop francophone. En lever de rideau, le Belge Roméo Elvis a joué fair-play, mouillant le maillot malgré l’élimination de son équipe des Diables Rouges deux jours plus tôt, son compatriote Damso, en revanche, lui était aussi mobile qu’un poteau de corner. Le monstre du streaming est loin d’être une bête de scène. Il se contente de faire l’essuie-glace, gauche-droite-gauche-droite sur le plateau. 23 heures. Il est temps que les grands fauves entrent en jeu. Certes, Joeystarr et Kool Shen, un siècle cumulé, n’ont pas la vitesse de Mbappé, mais ils savent encore mettre le feu aux défenses. Moulé dans son t-shirt blanc, Bruno Lopes est le plus affûté. Même les rappeurs ont besoin d’être deux pour danser le tango: le guttural Joeystarr est le cocktail molotov, Kool Shen le bras qui le propulse. Tous les tubes de NTM sont sur la feuille de match (On est encore là, Laisse pas traîner ton fils, Ma Benz…), sauf un : La fièvre. Frustrant. On aurait bien échangé un ou deux titres solos du Jaguar contre un bon vieux coup de chaud. Au bout de 90 minutes de jeu, fin du show. La paire de quinquas montre les muscles. Les champions, c’est bien eux.

NTM

NTM

(Antoine Monegier)

La plus grosse claque : Adam Naas. En kimono imprimé et petit chapeau fripé, le chanteur ressemble à une créature androgyne échappée du New York interlope des années 1960. Imaginez Lou Reed dans un corps de moineau avec un chaton dans la gorge. Le Parisien miaule une soul à fleur de peau. A suivre, un album est annoncé à la rentrée.

Le plus doué avec un stylet : Albin de la Simone. Le chanteur aux compositions douces et mélancoliques lève le voile sur les aléas de son quotidien en tournée dans une série de dessins et d’aquarelles exposés dans le hall de la Coursive à La Rochelle. On ne lui connaissait pas ce talent. Albin de la Simone a étudié les arts plastiques pendant son bac, passé en Belgique. A 18 ans, il a remisé ses crayons, la musique occupant toute la place. « Une forme d’expression en a remplacé une autre et j’ai totalement arrêté de dessiner, raconte le sympathique mélodiste, qui porte une magnifique chemise à pois colorés. Je m’y suis remis à la naissance de ma fille, car j’avais un peu plus de temps, mais rien de très sérieux. Et puis, je me suis rendu compte que c’est une activité que je pouvais faire en tournée, pendant les déplacements. Sur la route, il n’y a pas d’introspection possible. On est toujours entouré de cinq personnes dans une voiture ou dans un train. Avec le dessin, on peut être un peu ailleurs tout en participant à une conversation ».

Ma valise.
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