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Selon les Nations Unies, les peuples autochtones comptent quelque 370 millions de personnes sur la Terre, réparties dans 90 pays et plus de 5000 cultures différentes. L’ONU consacre chaque année le 9 août une « journée internationale » à ces peuples minoritaires et menacés. Un point sur leur situation avec Irène Bellier, anthropologue et directrice de recherche au CNRS. 

Irène Bellier :Il y a une définition de travail qui explique que ce sont les peuples présents sur un territoire avant que le colonisateur n’arrive. Par ailleurs, ils détiennent des institutions, des cultures et des langues propres, et sont déterminés à les transmettre à la prochaine génération. Cette définition permet de couvrir le cas de la colonisation par les Européens comme en Amérique, ou par des peuples plus puissants,  par exemple en Afrique ou en Asie.

Bien sûr. Il y a une très grande hétérogénéité. Les peuples autochtones occupent d’abord tous les écosystèmes possibles. Vous avez des peuples des forêts, des peuples du désert, des peuples de l’eau,  des montagnes… Ils sont pris dans des histoires coloniales différentes, des héritages coloniaux différents. Mais les Nations Unies ont réalisé un travail d’investigation tout à fait passionnant  pour arriver à identifier des situations communes de marginalisation et de discrimination.

Les peuples autochtones se trouvent sur des territoires qui,  jusqu’à présent n’ont pas fait l’objet d’exploitation intense parce que justement ils ont été repoussés de territoires déjà exploités. Ainsi, par exemple, les peuples des plaines ont été repoussés dans les montagnes pour permettre la culture du riz par exemple. Ceux des forêts ont aussi été affectés par l’exploitation du bois qui a commencé au début du XXe siècle quand  les « bois précieux » étaient convoités par l’Occident.

Le problème auquel sont confrontés les peuples autochtones aujourd’hui,  c’est que de nouvelles terres sont l’objet de nouvelles exploitations. C’est le danger des industries extractives : mines, pétrole,… des menaces auxquelles il faut ajouter l’agro-industrie pour le soja, l’huile de palme, etc. En outre, ce sont des pratiques dangereuses car elles viennent remplacer de la biodiversité par de la monoculture qui va épuiser les terres.

D’une manière globale, on considère que les peuples autochtones n’ont jamais été aussi menacés aujourd’hui. C’est un paradoxe alors que les Nations Unies ont adopté une déclaration sur les droits des peuples autochtones en 2007, suivie d’une autre en 2014 pour les mettre en œuvre.

La menace est à l’échelle du globe. Prenez l’exploitation de l’or et l’orpaillage. C’est une plaie chez les Yanomami, les Wayampi, en Amazonie donc, mais le problème se retrouve aussi en Papouasie-Nouvelle-Guinée. La question du pétrole se manifeste en Alaska, en Amazonie équatorienne et au Pérou.

Bref, la question de  l’exploitation du territoire est toujours là comme au premier temps de la colonisation. Mais disons que ça avance, le Canada discute et il a affaire à des organisations de défense puissantes. On n’est pas dans cette situation en Asie ou en Afrique où on a des peuples numériquement faibles et surtout moins dotés financièrement.

Source: TV5

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