Sahel : enquête sur l’armement des djihadistes…

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Mardi 10 décembre 2019. En fin d’après-midi, près de 500 hommes à bord de motos et de pick-up se dirigent vers la frontière nigéro-malienne, dans la région de Tillabéry. Un carnage se prépare. Mais les soldats nigériens qui occupent le camp avancé d’Inates ne le savent pas encore. Suivant une stratégie bien ficelée, les assaillants visent d’abord le centre de transmission de la garnison et le mettent hors de service. Place aux tirs d’artillerie pour pilonner le camp.
Selon nos informations, les djihadistes ont fait usage d’une lance grenade saisie à l’armée nigérienne lors de l’embuscade de Baley Béri du 14 mai 2019 (27 militaires tués, six blessés et deux véhicules calcinés). Lorsque les stocks de munitions et de carburant ont explosé, entraînant la mort de certains soldats, ils passent à la vitesse supérieure. Un véhicule kamikaze est envoyé pour ouvrir la voie aux fantassins qui attaqueront avec des mitrailleuses légères et des fusils d’assaut. Les combats sont ainsi partis pour durer au moins trois tours d’horloge. L’armée nigérienne perd 71 membres dans cet assaut d’envergure revendiqué le 10 janvier par l’Organisation État Islamique qui l’attribue à sa province en Afrique occidentale. Cette attaque d’une rare violence a combiné des tirs d’artillerie, l’emploi de véhicules kamikazes et des centaines d’armes légères. C’est le type d’armes auquel ont recours les groupes armés opérant dans le Sahel.Les types d’armes utilisés par les djihadistes
« Concernant les armes légères d’infanterie (ALI), c’est en général un arsenal assez basique », place d’emblée Franz Najean, coordinateur régional de la sécurité d’une grande organisation humanitaire qui suit de près les groupes djihadistes. « On retrouve le triptyque classique des groupes insurrectionnels depuis des décennies, soit les fusils d’assaut de la famille AK (Kalashnikov), la mitrailleuse légère et le lance-roquette portatif RPG-7 et leurs dérivés. On peut aussi observer des mitrailleuses lourdes de calibre 12.7 mm (souvent DShk ou NSV), qu’on peut facilement monter à l’arrière de pickup pour en faire des véhicules militarisés surnommés les technicals », ajoute-t-il.
Le rapport 2017 de Small Arms Survay sur la circulation des armes légères, souligne que la « majorité des armes illicites qui circulent parmi les groupes armés des zones touchées par un conflit sont des fusils de type militaire et des systèmes d’armement légers souvent fabriqués il y a plusieurs décennies ».
Citant une analyse des données sur les armes illicites rassemblées parmi les différents groupes d’experts de l’Onu chargés de la surveillance des sanctions en Afrique, l’organisation spécialisée sur les recherches sur les armes indique que ces « armes sont constituées pour la majorité de fusils militaires (plus de 60%, mais aussi d’armes de poing (21%), de fusils de chasse (11%) et d’armes factices (4%).
« Concernant les tirs indirects, les groupes sont susceptibles d’utiliser des moyens d’artillerie légère, comme les mortiers légers (60 mm, 82 mm), voire lourds (120 mm), comme c’est le cas de l’État Islamique dans le bassin du lac Tchad. S’ils en disposent, les groupes peuvent parfois aussi utiliser des roquettes de 107 mm ou 122 mm. Souvent, comme les combattants n’ont pas forcément de lanceurs adaptés, ces projectiles sont tirés à partir d’affûts artisanaux », explique-t-il.
Selon notre interlocuteur, « sans être très sophistiqués, ces armes, pour beaucoup d’origine russe ou chinoise, sont efficaces, robustes et adaptées aux conditions difficiles dans lesquelles ces groupes opèrent ». « Elles correspondent aussi à leurs modes d’actions tactiques de guérilla », argumente Franz Najean.
Les djihadistes ont aussi intégré l’usage de véhicules piégés dans leur mode d’action depuis quelques années. Aussi bien le GSIM que l’ex EIGS font recours à cette « arme » redoutable pour ouvrir la voie aux fantassins.
Pour Dakaractu, l’analyste de sécurité qui publie sous le pseudonyme Mr. Q. sur Twitter a répertorié le type et le nombre d’armes dans les 1370 attaques revendiquées par l’État Islamique en Afrique occidentale d’avril 2016 à septembre 2021. L’organisation djihadiste a fourni le type d’armes pour 550 attaques. Dans ce décompte tiré des revendications de l’hebdomadaire de l’EI, « al Naba », les fusils d’assaut et les mitrailleuses occupent un pan important de l’armement utilisé par la PEIAO. Les engins explosifs improvisés (IED) ont aussi une place non négligeable alors que le reste du matériel est constitué de mortiers, de roquettes, de véhicules suicides, de gilets explosifs et enfin de couteaux (voir graphique).
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